Sucre, cerveau et mémoire.

 

 

 

« La mémoire est la sentinelle de l’esprit. »

William Shakespeare

 

 

 

 

 

Salut à toi, jeune Padawan

 

 

Voici l’épisode numéro deux sur quatre de notre série sur le sucre, faisant suite à celui-ci sur nos apports journaliers. Le sujet du jour est de nous questionner sur les effets du sucre sur notre cerveau et plus particulièrement sur notre mémoire.

 

À vos marques, prêt, partez.

 

 

 

 

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Ceci est une tarte au citron. Pareil, si tu veux la recette, fais moi signe.

 

 

 

 

Sucre, cerveau et mémoire

Que nous soyons plantes, animaux, ou êtres humains, nous sommes tous des organismes hôtes, à savoir des holobiontes hébergeant une communauté de bactéries, de virus, d’archées (procaryotes) et autres champignons microscopiques vivant en étroite collaboration. Du grec holos, « tout », et bios, « vie », un holobionte définit une entité vivante naturelle, composée d’un organisme pluricellulaire nommé hôte (animal ou végétal) et son microbiote, autrement dit l’ensemble des microorganismes qu’il héberge.

 

Cet intérêt est grandissant pour la communauté scientifique, puisque nous savons aujourd’hui que le microbiote peut directement influencer le fonctionnement de nombre de nos organes, dont notre cerveau. Alors, comment son fonctionnement en est-il influencé, et quid de notre mémoire ?

 

La nouvelle génération de chercheurs en neurosciences se lance de nouveaux défis en optant pour une approche résolument moderne qui consiste à appréhender le cerveau non plus comme un organe isolé dans sa boite crânienne, mais comme échangeant sans cesse des informations avec les autres systèmes de l’organisme.

 

Nous allons découvrir dans ce chapitre une étude* très intéressante effectuée sur des rats, et constater ce qu’il se passe au niveau de la mémoire lorsqu’une consommation ou non de sucre est impliquée.

 

 

 

 

Le sucre et la mémoire

Comme vu précédemment dans dans l’article sur nos besoins et apports journaliers, de nombreuses maladies dites de civilisation sont induites par une consommation excessive de glucides. En outre, les effets produits sur le cerveau sont moins connus, mais bien réels.

 

Une étude* publiée dans la revue Translational Psychiatry sur de jeunes rats nous révèle qu’une consommation élevée de sucre durant l’adolescence altère les capacités d’apprentissage et de mémoire à l’âge adulte. En effet, des chercheurs de l’Université de Californie à Los Angeles ont découvert un impact négatif sur la mémoire, par le biais du microbiote intestinal, en testant ces jeunes rats adolescents ayant eu un libre accès à une boisson sucrée comparable à celles couramment consommées par l’homme.
Ainsi, il a été mis en évidence que la consommation excessive de sucres perturbe les processus cognitifs, car les animaux nourris avec une solution sucrée au début de leur vie ont une faculté réduite à distinguer un nouvel objet dans un contexte spécifique à l’âge adulte ; ce qui indique une fonction de mémoire contextuelle épisodique, dépendante de l’hippocampe altérée.

 

 

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Noble et al., Translational Psychiatry

 

 

 

 

Le sucre et le microbiote, quels sont les mécanismes d’interaction avec le cerveau ?

Toujours concernant cette étude et avec les mêmes groupes d’animaux, un certain type de bactéries intestinales se multipliant au contact du sucre ont été mis en exergue : il s’agit des parabactéroïdes (type de bactéries résistantes à la bile, ndlr). En étudiant, dans un deuxième temps, le microbiote intestinal des deux groupes d’animaux, les chercheurs ont observé des différences significatives et notamment une abondance élevée de cette famille de bactéries chez les rats ayant consommé la boisson sucrée. Ils ont alors recherché si ces bactéries pouvaient être à l’origine du déficit de mémoire observé.

 

En augmentant expérimentalement ces bactéries dans l’intestin de rats juvéniles n’ayant pas consommé de sucre à l’adolescence, les neuroscientifiques ont constaté que la mémoire dépendante de l’hippocampe était également affectée à l’âge adulte. Ces résultats mettent en évidence qu’une famille de bactéries à elle seule suffit à entraîner des déficits cognitifs, et ce, de la même manière que le sucre.
En effet, les rats exposés aux parabactéroïdes (que ce soit sous forme de transfert de bactéries dans le microbiote, ou par surconsommation de sucre) voient les cellules de leur hippocampe changer leur expression de gène qui sont directement impliqués dans la cascade de signalisation liée à la dopamine, neurotransmetteur particulièrement impliqué dans le système de récompense du cerveau. Or, cette dopamine module l’activité des neurones de notre cerveau et donc ceux de notre hippocampe. Il est de ce fait possible que l’altération de la cascade dopaminergique puisse modifier à l’âge adulte les fonctions de notre hippocampe, et par voie de conséquence, de notre mémoire, lorsque nous consommons trop de sucre quand nous sommes jeunes.

 

Cette étude identifie ainsi une corrélation entre sucre consommé au début de la vie et microbiote intestinal dénaturé, à une période où le cerveau (et notamment l’hippocampe) est encore en plein développement, avec, pour conséquence, une altération de la mémoire. Or, si la modification du microbiote a clairement à voir avec l’altération de la mémoire chez le rat, le bon sens nous invite à penser que cela pourrait être également le cas chez l’homme.

 

 

 

 

L’inflammation, un enjeu majeur pour le cerveau.

Dès que les papilles gustatives reconnaissent le gout sucré, le cerveau est alerté, le cortex préfrontal s’active, et les voies de récompense dans le cerveau s’allument, déclenchant la libération de dopamine, hormone de la récompense et du plaisir. Cela envoie un signal à notre cerveau pour qu’il se souvienne de cette sensation agréable. Comme pour toute dépendance, c’est ainsi que tout commence.

 

Le problème vient lorsqu’on mange trop de sucre, car le système de récompense de notre cerveau est alors activé de façon chronique. Une stimulation excessive de ce système de récompense déclenche l’apparition de plusieurs réactions indésirables dans notre cerveau et notre corps, comme l’hypoglycémie réactionnelle. On risque alors d’en avoir envie tous les jours, aussi souvent que possible.

 

Brouillard cérébral, irritabilité, fatigue et changements d’humeurs commencent à se faire sentir, laissant le sujet dans un vrai désarroi. Quand le taux de glucose dans le sang baisse suite à une hypoglycémie réactionnelle, mauvaise humeur, déprime et anxiété arrivent. Le sujet se sent aussi très fatigué, et ressent cette sensation de “coup de barre” qui nous donne envie de faire une sieste après les repas. Le brouillard mental, c’est-à-dire l’impression de ne pas réussir à se concentrer, est bien connu dans les périodes où les individus consomment trop de sucre, comme les fêtes de fin d’année, par exemple. Heureusement, tout cela rentre dans l’ordre sous quelques jours, à condition que la glycémie se normalise. Cependant, en trente ans seulement, les maladies à caractère inflammatoire ont flambé de manière exponentielle. Pathologies chroniques, maladies auto-immunes, ou affections dites de civilisation ont un dénominateur commun : l’inflammation.

 

L’alimentation est évidement mise en cause, et ce, sur différents facteurs comme les pesticides, le gluten, mais les sucres, notamment le fructose industriel, est souvent incriminé, et même nommé “toxine publique numéro un” par de nombreux médecins, dont le Dr Robert Lustic dans son livre “Sucre, l’amer vérité”. Ainsi, une inflammation due à une surconsommation de glucides ne fait pas bon ménage avec notre cerveau — On parle alors “d’inflammation cérébrale”.

 

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Graphisme réalisé par ma collègue Luna — tous droits réservés*.

 

Le Dr David Perlmutter, dans son livre “Ces glucides qui menacent notre cerveau” précise que le Dr Eric Steen et son équipe ont assimilé la maladie d’Alzeimer à un “diabète de type 3”. Ainsi, le sucre consommé en excès créerait des inflammations cérébrales, causées notamment par des phénomènes de glycation, pour finir, dans la durée, par créer des lésions graves. Ceci a également été mis en évidence chez nombre d’anciens alcooliques (leur grande consommation d’alcool, donc de sucres, a créé pour nombre d’entre eux des dommages au cerveau visibles à l’IRM).

Le phénomène de glycation, apparenté à la réaction de maillard, fait caraméliser nos molécules de glucose. On dit alors que cette molécule est glyquée, c’est-à-dire abîmée. Ce processus, à la fois normal et inévitable, s’opère dans tout notre organisme, y compris notre cerveau. Si nous ne pouvons l’arrêter, car c’est un phénomène normal de notre vieillissement, nous pouvons, par nos choix alimentaires et d’hygiène de vie, l’accélérer ou le ralentir. Or, plus nos chargeons notre organisme en sucres, plus le phénomène de glycation s’opère, sachant que chaque molécule glyquée est endommagée de manière irréversible.

 

Comme vu précédement, nous savons à présent que trop de glucides dérèglent notre métabolisme, notamment par la sécrétion d’insuline en trop grande quantité. En outre, un lien de corrélation est dorénavant également établi entre glycémie et maladies cérébrales, car la surconsommation de sucre augmente le risque de déclin cognitif, et parce que l’excès de glucides à l’adolescence ralentit le cerveau et affecte la mémoire et l’apprentissage à l’âge adulte, en plus d’une résistance à l’insuline. Or, l’insuline joue un rôle primordial dans le renforcement des connexions synaptiques entre les cellules du cerveau, ce qui est essentiel pour une bonne communication entre les neurotransmetteurs et la mémoire, comme l’acétylcholine, qui a la capacité de retenir une information, de la stocker et de la retrouver. Ainsi, lorsque la production d’insuline diminue, les processus cognitifs peuvent aussi en pâtir ; les faits indiquent clairement que le cerveau est l’une des principales victimes d’une consommation élevée de sucre.

 

Enfin, l’insuline est aussi une hormone anabolisante qui favorise la rétention des graisses et conduit, là encore, à l’inflammation. En conséquence, la résistance à l’insuline, induite par des hypoglycémies réactionnelles et une surproduction d’insuline pour y répondre, joue un rôle majeur dans le développement de la maladie d’Alzheimer, en favorisant l’apparition de plaques séniles (ou plaques amyloïdes), dans les cerveaux malades.

 

Comme l’explique dans son livre le Dr Perlmutter, les maladies cérébrales de type Alzheimer sont nommées diabète de type 3, car, dans le cadre de sa consommation de sucre, le patient a :
– vécu avec une hyperglycémie chronique, et ce, même en l’absence de tout type de diabète,
consommé trop de glucides tout au long de sa vie.
Deux facteurs, indépendants de cela, sont aussi à prendre en compte :
– le patient a privilégié une alimentation pauvre en graisses, qui diminue le taux de cholestérol,
– il a omis une intolérance au gluten, protéine présente dans le blé, le seigle et l’orge.

 

Ainsi, les personnes obèses encourent un risque accru de souffrir de troubles cérébraux et les sujets obèses et diabétiques ont deux fois plus de risques de développer la maladie d’Alzheimer. Attention toutefois : Alzheimer n’est pas dû au diabète, mais simplement, ces deux maladies ont la même origine. Elles sont générées par des aliments qui obligent l’organisme à mettre en place des mécanismes biologiques se traduisant par une inflammation, un dysfonctionnement, puis une pathologie.

 

 

 

 

 

En conclusion, nous pouvons statuer sur le fait que notre microbiote intestinal a un rôle non négligeable dans notre neuro-développement cognitif. En effet, si l’on sait aujourd’hui que notre microbiote est indispensable à notre équilibre émotionnel, notre cerveau et son état interne ont aussi un impact sur le développement de notre flore intestinale, qui en retour a elle-même produit un effet sur notre cerveau et notre humeur. Et ce qui est pertinent pour notre état émotionnel l’est également pour notre cognition, c’est-à-dire notre pensée et notre mémoire.

 

Le sucre pourrait impacter le développement de notre cerveau lorsque nous sommes jeunes, en endommageant nos capacités d’apprentissage et de mémorisation. Et ce sur le long terme, même lorsque nous atteignons l’âge adulte. Plus nous consommons de sucre quand nous sommes jeunes, moins nous avons de mémoire à l’âge adulte.

 

Enfin, l’inflammation, par le biais notamment de notre glycémie, est un enjeu majeur pour notre santé cérébrale.

 

 

 

 

 

 

 

*Si tu souhaites faire appel à ses services de graphiste, contacte moi par le biais du formulaire de contact du blog ou par les commentaires.

 

Biblio :
Fédération pour la recherche sur le cerveau – Mécanismes d’interactions entre microbiote et cerveau.
Gut microbial taxa elevated by dietary sugar disrupt memory function. » Noble, E. E., Olson, C. A., Davis, E., Tsan, L., Chen, Y. W., Schade, R., … & Kanoski, S. E. (2021). Gut microbial taxa elevated by dietary sugar disrupt memory function. Translational Psychiatry, 11(1), 194.
Ces glucides qui menacent notre cerveau – Dr David Perlmutter, ed Poche Marabout.
Sucre, l’amère vérité – Dr Robert Lustic, ed Thierry Souccar.
The Obesity code – Dr Jason Fung, ed Scribe.
Faites votre glucose révolution – Jessie Inchauspé, ed Robert Laffont.
Nos pensées – Les effets nocifs du sucre sur le cerveau
Fédération pour la recherche sur le cerveau – Enfants et ados.
Le microbiote intestinal participe au fonctionnement du cerveau et à la régulation des humeurs

 

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La brioche punk. Une recette, différents modèles possibles. C’est ce qui est marrant avec la pâtisserie.

 

 

Comments

  1. Anthéa
    29 mai 2023 / 9 h 44

    Article bien complémentaire au précédent épisode et comme d’habitude bien argumenté. Je connais mieux désormais ce monde complexe et peu connu qu’est notre microbiote.

    J’ai eu la chance d’avoir une bonne éducation alimentaire durant mon enfance car les sodas n’étaient pas à la mode et maman cuisinait mes repas. Même les repas scolaires étaient fabriqués maison dans les cuisines de l’école.

    Je commence à mieux connaître l’importance d’un bon équilibre de sucre dans le corps ce qui va me permettre de faire plus attention. Dommage que ces informations vitales ne soient pas plus largement diffusées… puis-je oser penser que les lobbies du sucre y sont pour quelque chose?

    PS: Ta tarte au citron me fait envie ! Et encore promis, je n’abuserai pas du sucre et ferai du sport pour compenser. Trop mignonne ta brioche punk!

    • 29 mai 2023 / 16 h 19

      Osons, osons ! Les lobbies du sucre et du lait sont toujours dans les écoles de notre « république ». Ravie que cet article t’ai apporté des éléments. 😁✌️

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