Le narratif vs. la vérité.

 

 

 

 

« Toute vérité franchit trois étapes. D’abord elle est ridiculisée. Ensuite, elle subit une forte opposition. Puis, elle est considérée comme ayant toujours été une évidence ».

Arthur Schopenhauer.

 

 

 

 

 

 

Salut à toi, jeune Padawan

 

 

Nous allons discuter aujourd’hui d’un sujet qui me tient à cœur, et se résume à ceci : « Celui qui raconte l’histoire officielle a-t-il seulement conscience qu’il n’en donne qu’une version, et quid de celui qui reçoit ladite version ? »

 

Le but, comme d’habitude, est de se poser des questions, et de réfléchir ensemble, par exemple à la table à laquelle on nous assoit, au menu que l’on nous a choisi, et aux plats revisités ou non qui nous sont servis. Métaphore culinaire à part, tu n’es pas censé ignorer que ce qui t’est servi comme information au quotidien n’est pas la vérité, mais une version. Nuance.

 

Que ce soit à travers ton poste de télévision, à la radio, dans ton journal ou sur le net, la version qui y est donnée est politisée, biaisée, voire transformée dans une version qui sied ou qui sert aux intéressés. Or, la vérité, toujours complexe, émanant de multiples versions, nuances, parfois même intouchable, a souvent cette grande tendance à ne pas convenir. Elle choque, elle dérange, elle est là comme un cheveu dans la soupe, elle fait tâche. Si tu en doutes, rappelle-toi la dernière fois que ton mec te trouvait bof dans ce jean, ou que ta nana t’a dit que tu chantais faux. Voilà.

 

Alors, comment intégrer cette notion complexe dans un monde aussi binaire que celui d’aujourd’hui, dans cette société tant chargée par son état émotionnel, de plus en plus à fleur de peau ? La réponse est le narratif. Nous verrons enfin que ce dernier est aussi l’un des plus grands prédateurs de notre humanité, ou tout du moins, pour le moment, de notre intégrité intellectuelle.

 

 

Fais-toi une petite verveine et attache ta ceinture, ça va secouer.

 

 

 

 

Le narratif

Il n’y a quasi plus de journalistes menant un véritable travail d’investigation, mais des chroniqueurs qui pourrissent les rares collègues faisant encore leur métier. Il n’y a plus d’analystes ni d’analyses, maintenant nous avons des présentateurs qui récitent un narratif officiel. Des experts en rien qui ont un avis sur tout, et qui nous narrent une histoire à laquelle il faut croire pour être un bon citoyen – sans preuve, sans réflexion. De toute façon, si tu ne crois pas, tu es jugé, montré du doigt, alors tu as plutôt intérêt à adhérer à LA version, sinon gare à toi !

 

Dès qu’une tentative d’analyse, ou qu’une simple question est posée, elle est immédiatement censurée au titre qu’elle ne reprend pas le narratif officiel, avec au passage les noms d’oiseaux d’usage (complotiste, et tutti quanti…) afin de la décrédibiliser, ou de décourager ceux qui auraient pu avoir l’idée de prendre le relais de cette analyse. Autrement dit : N’utilise plus ton cerveau, imprime l’histoire officielle et tais-toi.

 

Les dépêches AFP sont devenues les sources principales du narratif officiel, sans que personne se demande qui les rédige. Copier-coller de toutes les sources d’information grand public, vidéo, radio, net ou papier, à force de narratif redondant, elles sont devenues la vérité. Or, en tant de guerre, de conflit ou de crise, le principal sacrifié est justement la vérité. Tu vois le problème ? Bien-sûr que oui.

 

Du côté de celui qui reçoit le narratif, il est rassuré, au gré de ses zappings et de ses lectures, de toujours tomber sur la même version. Le confort de l’ingénu, en quelque sorte. Du côté de ceux qui en ont la maitrise, ils peuvent être tentés de changer la vérité qui dérange par le narratif confortable, ou par la version qui sert aux intérêts de ces derniers. Ainsi, remplacer le “chérie tu es moche dans ce jean” par un “tu es tellement jolie dans cette robe” te permettra de passer une meilleure soirée. Or, si tu y as pensé, quid de ceux qui ont le pouvoir sur le narratif ?

 

 

 

 

La vérité, l’erreur, la version délibérée, où se situe notre libre arbitre ?

Si l’on considère la situation médiatique actuelle en occident et qu’on se risque à faire une petite comparaison historique, on remarque qu’on a de plus en plus à faire à un système de fonctionnement se rapprochant de l’ex-union soviétique. Oui, remarque un peu cynique, mais assumée au vu des récents événements actuels.

 

Certes, lorsqu’on analyse une situation, il est clair que le risque de se tromper est présent, et plus ou moins important selon le sujet. Disons que si tu es mécano, il y a de grandes chances que tu comprennes mieux l’accident de Senna qu’un boulanger ou qu’un avocat qui va faire les gros yeux lorsqu’on va lui parler de « rupture de colonne de direction » (les moins de quarante ans vont sans doute se demander qui était ce célèbre pilote de formule 1, décédé tragiquement en Italie lors d’une course, ndlr).

 

Notre libre arbitre est à rude épreuve, et à force de nous prendre pour des enfants dans les médias (et un peu partout ailleurs ! ndlr), nous finissons par nous excuser de nous poser des questions, et d’avoir honte de réfléchir. Ainsi, ne pas adhérer à la pensée unique fait de nous un paria, un marginal, une personne à éviter. Vite, lavons-nous les oreilles de ce que nous a dit notre voisin qui ne pense pas comme nous ! En le traitant d’imbécile, tout en oubliant que nous sommes tous le con de quelqu’un. Il n’est pas rare, et surtout ces deux dernières années, de voir des personnes couper les ponts avec des amis de longue date ou des membres de leur famille parce qu’ils ne partagent pas la même opinion. Mais jamais personne ne se demande pourquoi ce serait mal de penser différemment.

 

Un petit indice : Il était une fois, « des rats de laboratoires, installés dans une « ville des rats » dans laquelle tout ce dont un rat pouvait avoir besoin était fourni, à l’exception de l’espace. Le résultat fut une explosion démographique suivie d’un surpeuplement pathologique, puis d’une extinction. En effet, bien avant que les rats n’atteignent la densité maximale possible prédite par les scientifiques, ils ont commencé à afficher une gamme de comportements « déviants » : les mères ont négligé leurs petits, les mâles dominants sont devenus inhabituellement agressifs, les animaux plus soumis ont régressé psychologiquement, d’autres sont devenus hypersexuels; les vivants ont cannibalisé les morts. L’utopie de la « ville des rats » est devenue un enfer vivant. »*

 

Ainsi, tout comme les rats de laboratoire, nous sommes forts pour nous montrer du doigt les uns les autres, pour nous entretuer les uns les autres, mais beaucoup moins pour pointer les vrais responsables : ceux qui nous ont mis dans la cage.

 

 

 

 

L’émotion

Quand on nous vend un narratif, on nous le vend avec l’émotion qui va avec, le but étant de nous mettre dans un état de stupeur. Du coup, certains de nos récepteurs dans notre cerveau se bloquent et nous sommes alors incapables de réfléchir, ou de prendre du recul. Au contraire, nous tournons en boucle sur ce même narratif, de façon obsessionnelle.

 

De manière générale : Toute pensée qui va dans notre sens nous sourit, tout ce qui va dans le sens contraire de notre pensée nous contrarie. Les réseaux sociaux comme instagram, Facebook et consort l’on bien compris en créant des algorithmes qui font que tu ne vois que des posts de gens qui pensent comme toi. Ne pas contrarier l’utilisateur, car : si c’est gratuit, c’est que c’est toi le produit. Et en l’occurrence, pour les GAFAM, leur gagne pain, c’est ton temps, ton attention. Plus tu passes de temps avec eux, plus ils récoltent de données et font de l’argent. D’où l’utilité pour notre cerveau de nous économiser de la contrariété en nous faisant adhérer à la pensée dominante, c’est bien plus confortable, et cela tombe bien, car nous avons un algorithme naturel qui fait que nous sommes hormonalement programmés pour cela.

 

 

 

 

L’émotion, l’ennemi du bon sens.

Quid du bon sens ? Simplement le seul espoir de sauver notre intégrité intellectuelle. Le bon sens qui nous habite tous, que nous soyons puissants ou misérables, que nous ayons fait de longues études, ou que la vie nous ait appris de ses expériences, ou que nous soyons forts de la sagesse de nos anciens, cette capacité à relativiser et à prendre du recul dans des situations émotionnelles est la seule chose qui peut sauver notre intelligence, notre dignité, et, j’ose, notre humanité.

 

Ne pas partir au quart de tour en mode binaire dès qu’un conflit est narré à la radio, dès qu’une crise apparait à la TV, dès qu’une angoisse monte à la lecture d’un gros titre de journal. Rester calme, serein, analyser la situation, avec bon sens. Pas besoin d’être un grand intellectuel pour savoir que dans un conflit armé par exemple, il n’y a pas un gentil et un méchant, mais deux versions et des intérêts d’un côté comme de l’autre. Tout comme lorsqu’un couple d’amis à toi se séparent, il n’y a pas le gentil et la connasse, ou le pervers et la sainte. Il y a deux versions, deux narratifs, deux visions biaisées par leur émotionnel, leur égo, leurs intérêts et leurs ressentiments. Le camp du bien et le camp du mal n’existent pas, tout simplement parce qu’il n’y a ni dieu ni diable sur Terre, en tout cas pour le moment lol, et que nous ne sommes que de simples êtres humains, avec nos défauts et nos qualités humaines.

 

La vérité étant aussi complexe à trouver qu’une aiguille dans une botte de foin, que de démêler un sac de nœuds, ou de trouver le Graal, partant de ce postulat, il est préférable de peser le pour et le contre et prendre du recul, avant de s’emballer dans un délire émotionnel qui ne fera qu’ajouter à l’ambiance hystérique actuelle et accroître notre déséquilibre émotionnel personnel.

 

Tout en se rappelant que Platon disait que « Personne n’est plus détesté que celui qui dit la vérité », c’est aussi faire preuve d’intelligence que d’écouter ceux qui ne sont pas d’accord avec nous ; car il n’y a rien de plus contraire à la vérité et de plus fertile à l’idiotie, que de rester entre gens qui pensent pareil. La vérité se mérite, elle se conquiert, elle se confronte, elle doit sans cesse être remise en question, et si cela dérange, c’est que tu as affaire à une version, mais en aucun cas à la vérité.

 

 

 

 

 

 

 

 

Voilà, c’est fini pour l’instant doliprane, j’espère avoir fait passer le message.

 

Souvent, j’entends que l’intelligence, c’est établir des liens, des connexions, ou avoir la capacité de relier tels ou tels faits, c’est exact ; mais il n’en reste pas moins que l’intelligence, c’est aussi écouter tous les discours, entendre tous les avis pour vérifier si notre pensée tient la route, si nous avons bien pensé à tout avant de se prononcer, et que même une fois statué, il est toujours possible de revoir sa copie, voire de changer d’avis.

 

Ainsi, l’important n’est pas tant de savoir si celui qui raconte l’histoire officielle a conscience ou non qu’il n’en donne qu’une version, mais plutôt que celui qui reçoit ladite version n’en est pas dupe.

 

 

À bon entendeur !

Bisous ✌️

 

 

 

 

* Source : La ville des rats.

 

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Le Guadian building et son copain le building d’à côté, qui font consensus. Detroit, Michigan, USA.

Comments

  1. Anthéa
    16 mars 2022 / 8 h 58

    C’est difficile de faire un commentaire, sans faire doublon ou sortir du sujet, tant cet article me renvoie à l’actualité. Les cerveaux qui n’analysent pas la « vérité » qu’on leur sert et la gobe sans chercher si c’est la vraie vérité font le jeu de ces manipulateurs.

    Je reprends un extrait de mes commentaires suite à la phrase que tu m’as fait connaître dans ton article, que j’ai adoré, du 22/07/2021: … »Le monde ne sera pas détruit par ceux qui font le mal mais par ceux qui les regardent sans rien faire. »…Merci Monsieur Albert Einstein pour cette phrase emplie de vérité!… et à toi Caro de me l’avoir fait découvrir. Cette phrase, à elle seule, résume le comportement si complexe de l’humain: laisser faire sans rien faire et attendre que les autres fassent pour soi.

    Dans notre pays, l’état s’est transformé à outrance en Papa-Maman, convertissant le peuple en gamins naïfs et apeurés n’osant plus se révolter. Ainsi, dès qu’il y a un problème, ils réclament à Papa-maman État de s’occuper d’eux. Cet état de dépendance fait qu’ils croient tout ce qu’on leur dit et ne sont pas capables d’analyser les informations qu’ils reçoivent.

    La dénaturation de notre cerveau est le principal objectif de ceux qui veulent prendre le pouvoir et on les laisse faire en nous soumettant sans rébellion. Il n’y qu’à voir la facilité d’évolution du wokisme (avec toutes ses démesures) qui vise à déconstruire notre cerveau pour mieux le manipuler.

    La politique politicienne mise en œuvre depuis presque 50 ans, vise les intérêts individuels des politiques en poste. Une gabegie de dépenses, de décisions mal pensées qui pèsent lourd sur notre vie actuelle et pèseront encore plus sur nos enfants durant de très longues années alors que ceux qui ont pris les décisions seront déjà morts depuis longtemps ! Je fais partie des séniors et je ne comprends pas que l’on puisse sacrifier la vie de nos générations futures pour protéger la mienne !

    Arrêtons de se plier aux manipulations des minorités ; la vie est belle, mais c’est à chacun de la construire.

    • 16 mars 2022 / 15 h 59

      Merci pour ton commentaire, cela va me permettre de rajouter une toute petite chose à cet article.

      Albert Camus disait : « La démocratie, ce n’est pas la loi de la majorité, mais la protection de la minorité ». Oui, mais jusqu’à une certaine limite. Lorsque le statut de victime devient une ressource sociale, à ce moment là, cela devient du fascisme sur la majorité. Je finirais donc par une dernière citation, cette fois-ci de Churchill : « Les nouveaux fascistes se prétendront anti-fascistes ». On est en plein dedans.

      Ne jamais oublier que l’enfer est pavé de bonnes intentions. 🤓✌️

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