Le talent est devenu résilient.

 

 

 

 

« L’Art, c’est le reflet que renvoie l’âme humaine éblouie par la splendeur du beau. »

Victor, Hugo.

 

 

 

 

Salut à toi, jeune Padawan

 

 

Prépare-toi bien avant de lire ce billet, car je vais faire mon “vieux con”, ou ma “vieille conne” hein, prends celui que tu préfères, c’est cadeau. Des sept nains, aujourd’hui, je serai Grincheux !

 

J’entends de plus en plus souvent dire qu’il n’y aura plus de David Gilmour, Slash, Eric Clapton, Van Halen ou bien de Cliff Burton, Lemmy Kilmister, Geezer Butler ou Duff McKagan dans le futur. J’entends que de plus en plus de personnes des générations Y et Z ne savent plus apprendre l’art, la culture et n’en ont pas la patience. Mais pourquoi ? Qu’est ce qui nous fait dire que le talent est mort, que l’étincelle du génie artistique de l’humanité est à jamais éteinte ?

 

Pour répondre à cette question à laquelle j’ai une petite idée (même une vingtaine, ndlr), ne pas faire trop long et surtout ne pas partir dans tous les sens, nous allons ici nous centrer sur un élément essentiel : le temps. Le temps de notre ère et ce que nous en faisons, … ou pas.

Le modeste point de vue d’une « Xers » (génération X) sur l’art de 2020.

 

 

 

Le mythe du don

Déjà, remettons l’église au milieu du village : le génie ne se fait pas en un jour. Personne ne s’est levé un matin en étant un génie. En effet, il faut plusieurs milliers de réveils pour cela, parfois quelques nuits raccourcies.

 

Si tu t’imagines que Mozart s’est mis à jouer à la perfection la première fois qu’il s’est assis derrière un clavecin, tu te fourvoies. C’était un enfant prodige, certes, mais il y a des milliers et des milliers d’heures de travail avec papa musicien derrière le phénomène. Le jeune garçon était un Jackson five d’une autre époque. Dur dur d’être un bébé (attends, ne râle pas, il y en a d’autres, ndlr).

 

On ne s’improvise pas non plus chanteur d’opéra interprétant Figaro sans fausse note au bout de deux semaines de cours dans un théâtre de 2000 personnes. Ou alors au micro et avec une voix de merde, lol. Si enfin, tu as cru (l’eusses-tu cru ? Ndlr) que Slash pouvait enchainer les solos guitare au bout de trois jours de pratique, comment te dire, tu te fourres le doigt dans l’oeil jusqu’au coude, pour rester polie.

 

Le don est une chose, le travail, la persévérance, l’engagement, la répétition, la patience, la passion et la pugnacité en sont d’autres. Maitriser, pour reprendre cet exemple, l’art de jouer d’un instrument de musique prend des années et parfois, une dizaine d’années.

 

Dans un autre siècle où il fallait envoyer des pigeons pour transmettre nos messages aux copains, nous avions la notion du temps. Il suffisait de se balader dans une forêt pour se rendre compte que la beauté d’un chêne centenaire ne s’était pas faite en un jour. En effet, cent ans plus tôt, ce bel arbre si majestueux n’était qu’un gland (oh ça va hein, elle était facile et je parie qu’elle t’a fait sourire, ndlr).

 

 

 

L’enfer de la modernité

Nous vivons dans une époque phénoménale. Phénoménalement épatante en ce qui concerne la technologie, mais phénoménalement terrible pour tout ce qui attrait à l’art et la création.

 

Aujourd’hui tout se fait à une rapidité fulgurante, notre vie entière est calibrée sur l’instantané. Internet est un média fantastique, car nous avons accès à des milliards de sources de connaissances et d’information, même si nous devons faire le tri (bon, cela ne change pas de nos médias historiques, ndlr). Toutes ces facilités technologiques sont censées nous faire gagner du temps, or, nous en avons de moins en moins. Il y a donc un souci.

Nos vies se consument en un instant. Nous vivons plus longtemps, nous avons plus de temps qu’avant mais nous y faisons moins de choses, en tout cas moins de choses pour nous-mêmes. Quand prenons-nous le temps d’apprendre, de nous cultiver ? En avons-nous encore la patience ?

 

La culture générale ou artistique est devenue plus rare car elle demande beaucoup plus d’investissement que de jouer à candy crush. Il faut du temps, de la persévérance et de la passion pour apprendre à jouer d’un instrument de musique, pour maitriser l’art de la poésie, du dessin, de la sculpture… Rome ne s’est pas faite en un jour et les technologies font de nous des impatients de tout.

 

Nous sommes désormais perdus face au temps indispensable à l’apprentissage des choses, comme une pendule qui ne fait plus qu’un seul “cou”. Mais nous ne sommes ni des logiciels, ni des robots et ce temps nécessaire parait aujourd’hui humainement impossible à investir pour beaucoup d’entre nous, tant nous sommes habitués à avoir, de suite.

 

 

 

Métanoïa, si tu le veux.

Divertissement. Je ne suis pas contre ce mot. Ce que j’aime moins, c’est ce qu’on en fait aujourd’hui. Quelques siècles en arrière, même les loisirs demandaient de l’engagement : la broderie, le tricot, la lecture, la collection de timbres, les jeux de société, la peinture … donc le gouffre entre le loisir et la culture n’était pas si grand, et souvent, un loisir était une culture. De nos jours, à la tv nous avons des idiots du village dans des téléréalités, des jeux répétitifs sur smartphone, nous faisons défiler des pages de réseaux sociaux pendant des heures. Nous sommes comme hypnotisés devant ce que nous appelons “divertissement”.

 

Nos journées sont-elles tant en manque de sens et de beauté que nous avons le besoin frénétique de nous abrutir le soir venu devant des contenus abyssalement vides ? Bien sûr que oui.
Nos vies sont émotionnellement très difficiles quand plusieurs générations en arrière, elles l’étaient physiquement. Aujourd’hui ce ne sont plus les corps que l’on torture, mais les esprits.
Alors il faut entrer en hypnose devant ces inepties pour diminuer la douleur de l’esprit, pour oublier l’asservissement du quotidien, ou du moins essayer.
(Nota bene : Je parle bien sûr des pays qui sont équipés pour pouvoir lire ce blog, puisque l’autre moitié du globe vit “comme avant” pour nous, dans la douleur du corps. Cela va sans dire, donc je le dis quand même).

 

Ce qu’il faut donc changer, c’est notre perception. Renversons notre pensée et ouvrons les yeux sur le temps précieux que nous bouffe ces technologies pour rien. Que de temps perdu à scroller le feed de tel ou tel réseau social, à regarder la vie des autres.

Il est temps que la chenille se rende compte qu’elle est un papillon. Et si nous faisions le pari de rendre nos vies personnelles si formidables et riches que la société ne pourrait plus nous atteindre émotionnellement ?

 

Sais-tu que nos journées sont identiques à celles de Beethoven ? Si, si. Vingt-quatre heures dans les deux camps. Et nous avons la technologie en plus, c’est-à-dire que techniquement, nous sommes avantagés. À l’époque, il n’y avait ni machine à laver, ni GPS, ni micro-ondes. Ce qui veut dire que tu peux jouer de l’orgue aussi bien que lui, que cela ne t’es pas inaccessible puisque tu n’as même plus à laver tes slips. Mais mets quand même des boules quiès pour jouer, hein. “Quoi ?!” Non rien.

Nous avons le choix : une demi-heure de Twitter ou une demie-heure de guitare. Pour moi, le choix est à la musique. Métanoïa (ndlr : au sens philosophique bien entendu, ici, nous n’avons pas d’ami imaginaire), et tralala.

 

Oui aux technologies comme un outil, c’est-à-dire celles qui nous apportent un gain de temps, de connaissance, mais celles nous abrutissent, nous asservissent et nous rendent gris, sans talent, sans passion, sans connaissance, c’est non. Si nous décidons tous ensemble que les réseaux sociaux doivent être un échange de savoir et d’art plutôt que de bêtise, de perte de temps et de méchanceté gratuite (quoique si c’est gratuit c’est que c’est toi le produit, ndlr) nous pourrons nous élever intellectuellement, artistiquement, découvrir de nouvelles inspirations, voir apparaitre de nouveaux génies, même sans frotter (courage, c’est bientôt fini, ndlr).

 

Reprenons le pouvoir sur notre temps, posons nos téléphones et ouvrons des livres, jardinons, écoutons de la musique, prenons une guitare ou apprenons le piano. Nous ne sommes pas moins aptes ni talentueux que les générations précédentes, nous sommes juste moins patients, car nous nous faisons voler notre précieux temps de vie par les réseaux sociaux et autres médias modernes.

 

 

 

 

 

Nos yeux ne savent plus voir, alors guidons-les vers la voie de l’art, la voie du beau, de l’interêt, de la passion. Pour trouver ta passion, c’est très simple : Essaie tout ce qui te tombe sous la main. En commençant par le ou les domaines qui attirent ton attention, ce que tu aimes faire, car tu ne pourras investir ton temps que dans ce pour quoi tu vas avoir de la patience. En effet, un talent, comme nous l’avons vu plus haut, c’est avant tout une aptitude qu’on développe. Et pour la développer, il faut s’accorder du temps.

 

Alors que tu aimes la natation, le ski, la couture, les confitures, le tricot, la mécanique, le bricolage, la musique ou faire pousser des fraises, tu sais ce qu’il te reste à faire : développer ton talent. Ton cerveau, ton bien-être, ton bonheur et l’humanité te le rendra au centuple !

 

 

Passionnément vôtre 🎸

 

 

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Aaah, la nature, … quel talent ! lol. Annecy, Haute-Savoie, France.

Comments

  1. 29 mai 2020 / 12 h 53

    Je voulais juste te dire un immense merci oh grand chevalier Jedi!
    Merci pour cet article si plein de vérité, d’humour et de doux coup de gueule. Parce que, oui « Aujourd’hui ce ne sont plus les corps que l’on torture, mais les esprits. » Mais ce n’est pas pour autant que l’on doit abandonner notre esprit. Et puis, « Le don est une chose, le travail, la persévérance, l’engagement, la répétition, la patience, la passion et la pugnacité en sont d’autres. » Ainsi, il ne nous reste « que » à changer notre état d’esprit et à nous impliquer dans ce qui compte vraiment. Ce qui nous fait vivre et respirer correctement. Peu importe ce que c’est. Mais une vie de passion vaut tellement plus qu’une vie de végétation.

    • 29 mai 2020 / 13 h 35

      Merci beaucoup pour ton retour sur cet article. En nous passionnant pour la vie, l’art et la connaissance, nous sommes la résistance. 😘✌🏻

  2. Brial
    29 mai 2020 / 17 h 45

    Caro,
    Superbe texte et quelle juste réflexion.
    Certains événements nous donnent à réfléchir et à changer.
    Tu le suggères parfaitement.
    Bise.

    • 29 mai 2020 / 21 h 14

      Merci beaucoup pour ton retour, ça fait chaud au coeur ! 😁✌🏻

  3. FORESTIER
    29 mai 2020 / 21 h 35

    Bonsoir,
    Merci à toutes les deux, d’être des ferventes défenseures de la culture.
    Je partage vos sentiments, d’autant plus que la bataille va être dure à gagner.
    Que la force soit avec nous !
    « DIFFICILE À VOIR. TOUJOURS EN MOUVEMENT EST L’AVENIR. »
    Signé Maître Yoda 😘

  4. Anthéa
    30 mai 2020 / 11 h 41

    Le temps… c’est vrai que c’est important de le prendre car, comme tu dis, on en a… et beaucoup plus que nos anciens! Alors moi, je le prends: pour m’éblouir de ce qui m’entoure, assouvir mes curiosités… et peu importe le temps passé. Pendant ce confinement les gens se sont montrés très créatifs, il faudrait maintenant qu’ils prennent le temps de se perfectionner pour mettre en avant leur talent. Soit pour en faire profiter les autres ou simplement pour leur propre plaisir. Merci d’aborder des sujets aussi complexes et en plus avec un humour que j’adore. J’aime beaucoup les commentaires intéressants de tes lecteurs.

    • 30 mai 2020 / 14 h 50

      Avec plaisir. Oui, soyons curieux du monde qui nous entoure, et développons nos talents ! 😁✌🏻

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