La guerre des bacs à sable.

 

 

 

 

« Divide et impera »
Philippe II de Macédoine.

 

 

 

 

 

 

Salut à toi, jeune Padawan

 

 

C’est le jour de la fessée philosophique, on va tous s’en prendre une bonne et ça tombe bien, ça réveille à ce qu’il parait.

 

On me demande régulièrement pourquoi je mets beaucoup de noms, blagues ou adjectifs au masculin alors que je suis une femme (tu en doutais?! lol), et aussi pourquoi je n’utilise pas la fameuse « écriture inclusive » ? La réponse est simple : je n’aime pas la séparation.

 

Parce que le mot écrivain a commencé à se faire connaître seul, au masculin, le mot « écrivaine » ne me semblait pas très équitable car il partait avec plusieurs siècles de retard. Je préfère ainsi parler d’écrivain homme ou femme, ainsi les femmes sont directement rangées dans la même catégorie que les Sartre, Maupassant, Hugo ou Sand (nan je déconne, ndlr). Ainsi, il n’y a pas de nouvelle catégorie dans laquelle tout est à refaire, avec toute une noblesse à reconquérir. De plus, c’est cool pour les non binaires et compagnie car tout le monde est rangé dans le même sac : celui de ceux qui écrivent des bouquins. Tu es écrivain, point. Et vive les femmes pâtissier, les femmes plombier, les femmes avocat, les hommes sage-femme, les hommes femme de ménage et les hommes nourrice.

 

Vois-tu, j’aime bien l’idée du « tous dans le même sac ». Je suis née à une époque (1981, ndlr) où nous nous entendions tous à peu près bien en occident. Pourtant, c’était loin, très loin d’être un monde parfait, ni même harmonieux. Il y avait de belles âmes, il y avait aussi des monstres et des connards, certes, mais disons que la majorité imparfaite était en cohabitation à peu près courtoise. On se moquait entre nous, on se chamaillait, on rigolait, on s’engueulait parfois, on s’excusait et on repartait de plus belle.

 

Et puis, notre société a évolué.

 

Depuis à peu près 20 ans que nous séparons les hommes, des femmes, des non binaires, des gays, des hétéros, des noirs, des asiatiques, des blancs, des indous, des religions, des gros, des maigres, des croyances de plus en plus divers.es et varié.e.s (nan, je déconne !), nous avons créé une multitude de petits groupes de plus en plus individualistes. Si bien qu’un jour, s’il y en a un du mini-groupe qui a besoin de revendiquer un truc ils vont faire une manifestation à trois.

 

La bonne technique, n’est-ce-pas ? Et on n’a rien vu venir…

 

 

 

 

Nous sommes devenus de grands enfants capricieux

Notre monde occidental actuel est tellement tourné sur nos petites personnes que nous avons tous l’impression d’être des âmes exceptionnelles et uniques. Nous le sommes, certes, mais ça a un peu vrillé. A trop vouloir prôner la singularité et revendiquer une représentation de sa propre condition, on finit par devenir intolérant envers les autres groupes et vouloir restreindre l’espace de liberté des autres. Nous assistons, en plus d’une société de moins en moins représentative de ce qu’elle est réellement statistiquement, à une vision de plus en plus manichéenne du monde dans lequel nous vivons.

 

Aujourd’hui, tout devient sujet à polémique, et beaucoup deviennent des petits tyrans dès que quelqu’un ne pense pas comme eux. Ainsi, le top départ est donné au jugement, à l’injonction, voir à l’insulte. Il n’y a plus d’argumentation possible. Ajouté à cela la culture générale de plus en plus faible, l’appauvrissement du vocabulaire, nous sommes arrivés à un stade ou en résumé il y a des victimes de rien et des bourreaux en tout. Or, quand nous sommes en colère contre les autres, nous le sommes avant tout contre nous-même.

 

Nous relisons les faits historiques avec nos yeux contemporains sans prendre en compte les mœurs d’une époque, nous jugeons les générations précédentes pour des faits que pourtant tous les autres ont commis aussi, nous prenons des détails pour en faire des généralités, nous omettons de parler de tel ou tel sujet pour faire valoir telle ou telle cause, tout est bon pour se faire un petit scénario, pour se raconter une belle histoire qui nous arrange, pour déconstruire des faits, pour créer des chimères et pouvoir enfin montrer les autres du doigt. Mais, il faut faire très attention avec les faits historiques car les interpréter demande de la bouteille, c’est bien pour cela qu’il y a des historiens, qui d’ailleurs, ne sont pas tous d’accord entre eux tellement les sujets sont vastes et à interprétations diverses.

 

L’égo c’est bien, mais trop d’égo, c’est dangereux pour notre santé mentale. Ça empêche d’être stable, calme, digne, de contrôler nos émotions, de savoir se maitriser en société. En effet, passé trente ans, il n’est pas idéal pour son bien-être personnel d’imploser au point de se rouler par terre dans un centre commercial parce qu’on n’a pas eu ce qu’on voulait. Disons que j’ai quasiment vu la scène, la personne ne s’est pas « roulée par terre » littéralement, mais les cris et les larmes y étaient. Nous avons oublié que, même si désagréable, la frustration n’est pas mauvaise en soit, elle est même nécessaire dans notre apprentissage. Ainsi peu importe notre âge, il faut être conscient qu’on ne peut pas tout avoir dans la vie et qu’un monde à notre image n’existera jamais.

 

As-tu vraiment un besoin de reconnaissance tel qu’il te faille absolument créer dans notre société un groupe de mangeurs de choucroute aux câpres parce que sans, c’est vulgaire ? Je pense que non. Ta choucroute, tu la manges bien comme tu veux, tu n’as pas besoin de l’imposer aux autres. Ton goût plus singulier n’as pas moins d’importance que la majorité, c’est juste que vous êtes moins nombreux, car la plupart des gens aiment la choucroute sans câpres, c’est tout, il n’y a rien de personnel.

 

Cela ne t’apportera rien dans la vie que d’imposer tes moeurs, ta culture, tes croyances ou ton avis. Et surtout, la plus remarquable sagesse, la plus belle maturité, la plus grande humilité, c’est justement de ne pas imposer ses trucs aux autres.

 

 

 

 

Jusqu’où le cas personnel va aller ?

Je comprends les luttes sociales, culturelles et que sais-je encore, il y a de belles causes à défendre. Mais de là à se poser chacun une étiquette quasi individuelle sur le front, je doute que cela fasse avancer plus vite les choses. En effet, une société ne peut pas représenter tous les cas particuliers. Oui, ce serait idéal mais comme tu l’as remarqué, la société n’est pas juste pour tout le monde et ne le sera jamais (voir mon article ici), elle est juste représentative de la majorité. On met nos impôts dans un même panier et on essaie de faire au mieux, c’est tout. Rien de personnel. Parfois, nous devons trancher pour le bien commun, choisir, prendre des décisions parfois difficiles, parfois injustes.

 

Par exemple, l’idéal serait que nous puissions faire du cas pas cas à l’école, mais rappel à la réalité : Avec quelques deniers ? Les tiens ? Les miens ? Parfois c’est réalisable car il y a suffisamment de personnes concernées, parfois non. Mais l’être humain étant adaptatif, il y a toujours moyen de trouver une solution, comme de demander à la petite voisine du 5e de donner des cours de maths à ton chérubin s’il a du mal à suivre dans sa classe, ou de l’inscrire à une école Montessori. À contrario, vouloir tout séparer, tout représenter, tout revendiquer empêche certaines causes peut-être plus urgentes d’avoir de la visibilité et d’être défendues.

 

Je te donne un dernier exemple. Je connais une femme qui est handicapée. Elle a perdu l’usage de ses jambes. Elle s’occupe d’une association sur le handicap dans sa région. Son maire lui a proposé de créer une autre association spéciale pour défendre les droits des gens qui sont en fauteuil, et elle a répondu non. Pourquoi ? Parce qu’elle ne veut pas se retrouver à, je la cite, « quatre connards qui ne pourront jamais avoir assez de poids pour demander une rampe pour une bibliothèque ou un cinéma par exemple », elle préfère être dans l’association générale du handicap de sa ville regroupant des centaines de personnes, où il y a des gens aveugles, d’autres qui ont perdu un bras, d’autres leurs jambes comme elle, des enfants, des adultes, des personnes âgées en perte d’autonomie, ainsi, tout le monde lutte ensemble pour améliorer la situation de handicap en général, en masse.

 

Se mettre ensemble, en général, en masse, pour faire avancer la société. Capiche ? Je pense que oui.

 

 

 

 

Pas que les jeunes

En 1945 naissaient les boomers, une immense vague de bébés a vu le jour dans le monde comme jamais dans l’histoire de l’occident, et ce pendant 20 ans. 75 ans plus tard, nos gros bébés joufflus sont maintenant séniors, parfois en pleine forme, parfois à la santé fragile. Dame nature accueille désormais petit à petit cette génération vers d’autres aventures, suivant tes croyances personnelles. Mais mourir, de vieillesse ou non, est devenu insupportable tant nos vies occidentales ont été à l’abri de tout ce qu’ont pu connaître nos aïeux de la première et deuxième guerre mondiale. Alors nous vivons actuellement un bug dans notre société où nous refusons la mort, quoiqu’il en coûte.

 

2020. Quoi qu’il en coûte. Des milliers personnes se sont suicidées, plus de 100.000 cancers n’ont pas été détectés à temps, idem pour les maladies cardiovasculaires, des millions de personnes ont perdu leur emploi, sombré dans la pauvreté, dans l’alcoolisme, les médicaments, des milliers d’entreprises ont fait faillite, sans parler des dépressions, des enfants tristes, des adultes en détresse et des vies brisées.

Ainsi, nos jeunes seuls face à leur sombre existence ne songent plus qu’au vide, derrière la fenêtre de leur chambre de bonne, à force de mesures covid.

 

J’ai toujours entendu dire qu’il était contre nature d’enterrer ses enfants, pourtant nous sommes aujourd’hui entrain de creuser leur tombe, face au gouffre d’une récession jamais vue dans notre histoire occidentale.

 

 

 

 

 

Pour ne pas que nos services publics se transforment en sévices publics, pour que notre futur ne soit pas à l’image de notre présent, nous nous devons d’être raisonnables, adultes, matures, courageux et dignes. Tous autant que nous sommes, toutes générations confondues.

 

Finissons cette belle claque à toutes les générations de tous poils et pédigrées par une petite citation fort à propos, histoire de s’endormir dessus et de se réveiller en Homme meilleur et motivé comme un acarien au salon de la moquette : « Hier, j’étais intelligent, alors je voulais changer le monde. Aujourd’hui je suis sage, alors je me change moi-même » – Rumi.

 

 

 

Salutations activistes 🕊

 

 

 

 

 

Recommandations littéraires :
« Écrits Pacifistes » – Jean Giono, ed. Folio
« Ainsi parlait Zarathoustra » – Friedrich Nietzsche, ed. Le livre de poche
« Génération offensée » – Caroline Fourest, ed. Grasset

 

 

 

IMG 9155 jpg scaled - La guerre des bacs à sable.

Annecy, Haute-Savoie, France.

Comments

  1. Cédric
    5 février 2021 / 15 h 09

    Merci de pointer ce qui ne va pas dans cette société qui devient de plus en plus dogmatique.

    • 11 février 2021 / 14 h 10

      Plus nous serons nombreux à le faire, et plus nous auront une chance de la changer. 💪🏻😁

  2. Anthéa
    10 février 2021 / 17 h 04

    L’écriture inclusive est une aberration, ce fanatisme sexiste m’exaspère, les ultras féministes font plus de mal aux droits des femmes que bien. Les femmes ne doivent pas devenir des clones des hommes. Je suis d’accord avec toi pour l’emploi abusif des noms masculin au féminin. Je dis « bonjour Docteur » à mon médecin féminin, c’est plus joli que Docteure, Doctoresse… C’est désolant de voir que ce type de fanatisme se retrouve désormais dans tous les domaines.

    J’aime ta pensée: … »il y a des victimes de rien et des bourreaux en tout. » Ainsi que la pensée de Rumi à la fin de l’article.

    En bref, tout ce que tu abordes dans cet article convient à ma façon de voir ce qu’est devenue notre société. Le problème, c’est de faire comprendre tout ça aux esprits fermés. La seule chose à faire est une greffe de bon sens!… irréalisable donc. L’égoïsme est une maladie inguérissable!

    • 11 février 2021 / 15 h 07

      Une greffe de bon sens, en voilà une belle idée !
      Semons donc des graines de bon sens lors de conversations, ici et là, au gré du vent, et voyons si elles germent … 🪴✌🏻

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